PiratPartiet

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Le week end dernier fut chargé en émotions politiques, du bon et du mauvais (pas le même en fonction des orientations politiques bien sûr), mais entre la déroute du PS et du Modem, les brillants résultats de l’UMP et d’Europe Écologie, les résultat en heureuse baisse au FN et bien trop haut pour la liste de l’ancien humoriste… (désolé mais s’il y a bien une chose que je ne tolère pas, c’est l’intolérance) il y en avait pour tout les gouts.

Un bouleversement étonnant est passé complètement inaperçu (en France en tout cas), l’élection de membre(s) du Parti Pirate (Piratpartiet) au Parlement Européen en Suède.

Le 7 juin 2009, avec 7,1 % des voix, le Parti Pirate emporte l’un des 18 sièges suédois au Parlement Européen, devenant ainsi la 5ème force politique du pays, et recueille près de 20% des voix chez les moins de 30 ans. Et après seulement trois ans d’expérience, c ‘est une performance unique au monde pour ce « petit » parti pour le moins atypique. Et pourtant ces élections ne se sont pas faites sans heurts. Le parti pirate à porté plainte pour fraude électorale après que plusieurs présidents de bureaux de vote aient été filmés refusant de mettre leurs bulletins avec ceux des autres partis pour les déplacer sur un autre table à l’écart. (Source)

Encore plus fort, un deuxième député pirate devrait rejoindre le parlement avec l’application du traité de Lisbonne en janvier prochain et le passage de 18 à 20 du nombre de sièges suédois.

Mais je m’emporte, alors qu’il convient de réfléchir sérieusement à ce que signifie cet étonnant événement.

On peut se réjouir aussi bien que regretter cette élection, mais dans tous les cas cela signifie un changement profond dans la vie politique de nos pays, et dans nos vies tout autant.

Nous avions déjà eu lors des précédentes élections des mélanges entre Internet et la politique qui avaient fait grand bruit, mais c’était surtout la politique qui entrait dans le monde d’Internet, utilisant ses méthodes et occupant son terrain. Ici pour la première fois c’est le contraire qui se passe, Internet entre dans le monde de la politique, et avec un grand succès.

Le parti pirate n’est pas suédois, il est international. C’est seulement qu’en Suède des scandales encore plus fort qu’ailleurs à propos de la vie privée, de censure d’Internet, de collusion entre Justice et intérêts privés… ont boostés de façon incroyable les adhésions au parti pirate avec le succès que l’on sait et qui risque bien de se reproduire dans les autres parti pirate en Europe et dans le monde. Un mouvement international né d’Internet, soutenu par de très nombreux internautes et mené par des personnes de provenant pas du tout du milieu politique et donc non sensibles aux pressions  habituelles et aux lobbies qui plombent la représentation populaire de nombreuses personnes politiques (toutes tendances confondues).

Wikipédia nous dit que ce parti s’attache notamment à diminuer les droits de la propriété intellectuelle, comme le copyright, les brevets et la protection des œuvres. Le programme comprend aussi un soutien au renforcement des droits de vie privée (comme la propriété privée et les informations privées), à la fois sur Internet et dans la vie courante. Un programme qui ne leur vaut pas que des amis…

Un programme à l’opposé des politiques traditionnelles actuelles, soutenu par une portion non négligeable de la population, il est le troisième parti politique suédois en nombre de membres (et d’après les sondages,  est soutenu par une part encore plus grande des mineurs qui accèderont dans les années qui viennent au droit de vote), et cela malgré une orientation sur un sujet bien précis et n’ayant pas un programme sur l’ensemble des problématiques actuelles (ce qui ne les empêchera pas je suis sûr d’avoir un avis, et de défendre les sujets qui les intéressent au Parlement Européen). C’est une force avec laquelle les autres partis, de gré ou de force, vont de voir compter.

A noter également qu’au parlement européen le parti politique ayant le plus défendu les libertés individuelles et Internet est les verts qui ont également fait de beaux scores aux élections européennes, mais je dis ça je dis rien…

Il y a, d’après moi, deux aspects sur lesquels il est intéressant de lancer une réflexion (mais peut être en verrez vous d’autres).

1.

L’élection par plus de 7% des électeurs d’un parti ayant comme unique programme les droits d’auteur et l’internet est préoccupant. Est ce que cela signifie que c’est plus important que le reste des problèmes que nous confrontons (crise économique, licenciements, racisme, pauvreté, guerres, pandémie, …), je n’en suis pas convaincu.

Le fait que ce parti n’ait pas de programme, ou de point de vue sur les nombreux autres enjeux actuels est même inquiétant, mais très intéressant. Cela montre à quel point les instances politiques sont dépassées, et leurs réponses inadaptées (pour ne pas dire en contradiction)  par rapport aux attentes des citoyens.

Les nombreux scandales actuels, et les tentatives un peu partout dans le monde des gouvernements pour contrôler et filtrer Internet y sont très probablement pour beaucoup. Ces 7% sont à la fois un signal d’alarme et une annonce de ce qui risque de se passer dans d’autres pays.

Même si ma voix irait probablement au parti pirate français s’il grandi comme en Suède, je ne pense pas que ce soit ni une bonne chose, ni une bonne nouvelle. C’est un signe d’échec des instances politiques face à ces nouveaux enjeux, et on ne peut jamais se réjouir de ce genre d’échec.

Qu’attendre pour la suite?

Soit les partis politiques traditionnels persistent et combattent bec et ongles ce parti pirate ce qui ne ferait qu’empirer la situation et augmenter la distance entre les électeurs et les élus (voir futurs ex-élus du coup…) ce qui serait une mauvaise chose pour tous les autres importants problèmes,

soit ils absorbent les idées pour surfer sur la vague, récupérer des électeurs et cela marquerait la plus belle victoire possible du parti pirate (c’est pour moi la meilleure solution)

Soit enfin une sorte d’entre deux, si les instances politiques ne prennent pas la mesure de ce mouvement, et dans ce cas là le parti pirate risquerait de gagner encore plus de voix marquant un échec de la politique face aux citoyens. Cela serait à la fois un bonne et une mauvaise chose, mais annonce de grands risques que je suis pas sûr qu’il soit bon de prendre.

2.

Un député pirate au Parlement Européen, peut être deux, pour quoi faire ?

Les échecs répétés d’Hadopi et du gouvernement français sur la question, la reconnaissance par le Parlement Européen et le Conseil Constitutionnel Français d’Internet comme un droit fondamental montrent que la question est plus que jamais d’actualité. Il est également urgent de réfléchir à une vrai solution face au téléchargement illégal (et pas une absurde horreur comme Hadopi), au manque à gagner pour la Culture (et pas les majors, encore une fois qui sont en grande partie responsables de ce manque à gagner…), et à la perte progressive des libertés individuelles. On peut être d’accord ou non avec leurs idées sur la question (personnellement je suis plutôt vers le d’accord, vous l’aurez compris) mais elles sont importantes.

Cela tombe bien, qui mieux que les députés pirates pour porter devant le parlement des idées et des projets de lois, pour informer et engager la réflexion sur ces sujets. Qui mieux que ces députés pour proposer de vrais solutions, à l’échelle européenne et répondre aux attentes des artistes et internautes (au hasard une licence globale…).

Deux députés c’est déjà beaucoup, et permet beaucoup. Le jour où il y aura une ou deux députés pirate venant de chaque pays ce sera une véritable révolution. C’est un signe fort que ce sont les citoyens qui ont le dernier mot, et que les politiques ne peuvent se permettre tout et n’importe quoi.

Aujourd’hui, avec ces députés, je suis plus confiant en l’avenir et en la sauvegarde de mes libertés que je ne l’étais avant l’élection européenne.

Logo du parti pirate suédois

Logo du parti pirate suédois

Voila pour mes débuts de réflexion.  On ne peut que souhaiter à Christian Engström et peut être bientôt  Amelia Andersdotter bonne chance pour leur entrée au Parlement Européen, et ce n’est surement qu’un début.

Les partis pirates s’organisent progressivement dans le monde et c’est très probablement un mouvement donc on a pas encore fini d’entendre parler, en bon ou en mal.

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Site officiel du Piratpartiet (anglais)

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