Bière et liberté

Bière et liberté

Mme la Ministre de la Santé, je ne peux m’empêcher de vous faire part de mes réflexions, même si vous ne passerez probablement jamais sur ce blog dont l’existence même vous est très probablement inconnue. Ce n’est pas grave d’autres me liront, et cela me suffit largement.

J’aimerais revenir sur une loi que vous avez fait passer il y a quelques temps de cela et dont, le temps passant et la grippe porcine occupant le terrain, on ne parle plus du tout. J’arrive donc, comme la cavalerie, après la bataille… mais ce n’est pas grave, l’avenir me préoccupe plus que le passé. Vous l’aurez compris, je parle de cette loi ayant pour but d’empêcher les « jeunes » de boire « trop », notamment en interdisant les open bars ou les happy hours.

Sans entrer dans des débats d’opinions politiques ou d’opposition entre partis qui sont toujours stériles, je trouve que cette loi était une connerie, même si cela partait d’une bonne intention (ce qui et souvent le cas pour les conneries malheureusement).

J’aimerais que nous fassions ensemble un bref calcul.

J’ai 23 ans, et je pense ne plus être dans la cible de cette loi, sortant du monde étudiant pour entrer dans le milieu professionnel. Je me sens pourtant doublement concerné et inquiet par cette loi et ce qu’elle représente.

Combien de temps nous reste-t-il?

J’ai 23 ans donc, plus concerné, ou pas encore…

Disons que j’ai une chance d’avoir des enfants, pas tout de suite, mais en approchant de la trentaine, disons dans 6 ans.

Je me suis tapé ma première cuite à 16 ans, les grandes soirées alcoolisées commencent un peu plus tard, avec l’arrivée de la majorité, des études supérieures et d’une certaine indépendance financière et morale vis à vis des parents (dans ce cas, moi même), disons 18 ans (car je ne suis pas pour une totale déréglementation et l’interdiction de la vente au mineur me semble une bonne chose, même si j’en ai subit les conséquences et ai dû contrevenir à la loi en France et dans d’autres pays, cela à le mérite de limiter).

Cela nous fait donc plus ou moins 14 ans avant que mes enfants ne soient concernés par cette loi.

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14 ans c’est long, et c’est pour ça que j’ai bon espoir. Bon espoir que cette loi ne soit plus lorsque mes enfants seront concernés et auront alors le loisir de vivre leur vie et de boire comme il leur plaira.

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Alors je suis d’accord, il y a des abus, des jeunes meurent d’avoir trop bu, et c’est terrible (ne me faites pas dire ce que je vais dire ensuite, je trouve réellement ça terrible).

Mais regardons les choses en face, la grande cause de mortalité chez les jeunes de nos jours dans notre pays, ce n’est plus que les jeunes ne meurent plus de maladies, ou à la guerre, ni d’accident ou d’épuisement dans les mines ou dans les champs… non le plus grand nombre meurent de faire la fête. Dure tragédie, les gens meurent d’être trop heureux et de trop faire la fête.

Je suis sur que beaucoup, moins chanceux dans d’autres pays, seraient près à échanger leur place (et ils sont sûrement beaucoup plus nombreux… Pour faire dans l’humour noir, on pourrait dire que la place de mort en France est très demandée par les morts d’Afrique).

Alors évidemment comme il n’est pas question de rétablir les travaux dans les mines ou de déclencher une guerre pour contrer ce « fléau », donc vous avez trouver la solution la plus simple qui est d’empêcher les gens de faire la fête, pour les empêcher d’en mourir. Implacablement logique.

La lutte contre les incivilités routières et la lutte contre le tabagisme se justifie par la mise en jeu de personnes tiers. Ici il n’est en jeu que de la liberté des gens et de choix. De plus mourir de trop faire la fête est, à choisir, plutôt une mort heureuse.

De quel droit leur enlève t-on le droit de ne pas vivre leur vie comme ils le souhaitent ? Dans ce cas là, pour être logique, interdisons totalement l’alcool, la voiture, de traverser la route, de s’approcher d’une fenêtre… Et ne sortez plus de chez vous c’est dangereux !

Non je ne suis pas d’accord, en aucun cas une telle interdiction peut se justifier par les excès de boissons et les drames que cela engendre (à moins de considérer l’alcool comme un produit toxique et de totalement interdire sa commercialisation en France). Les seules choses qui pourraient se justifier sont de la prévention, de l’éducation, de la sensibilisation.

Ce sont des mots forts, mais qui ont tendance à disparaître du dictionnaire ces temps ci. Pourtant je suis intimement persuadé que ce sont les seules mesures acceptables et potentiellement efficaces

Mais le plus grave est l’évolution de la société française que traduit cette loi.

Il existe un principe fondamental à ne jamais oublier:

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

Thomas Jefferson

On assiste à une lente évolution dans notre démocratie où nous abandonnons au fur et à mesure de plus en plus de liberté pour une illusion de sécurité (processus bien alimenté par les discours sécuritaires de plusieurs hommes politiques, et retransmis par les médias).

Je ne suis pas fumeur, mais la loi contre le tabac m’avait choqué… Pourtant il était impossible de ne pas accepter le point de vue que le tabagisme passif et une mise en danger d’autrui. Admettons…

Aujourd’hui on interdit aux jeunes de faire la fête, de se réunir au pied de leur immeuble, de porter des cagoules (il faut que les cameras qui fleurissent avec le printemps les identifient bon dieu !), et on les emmènent au poste dès huit ans car comme dit Maître Eolas, ils sont des délinquants nés et suspects d’en être capable…

Certaines autorités religieuses leur interdisent le sexe également. Aujourd’hui il ne reste plus grand chose que le travail (plus pour gagner plus… mais au fait pourquoi vouloir gagner plus si c’est pour ne rien en faire ?) et une passive acceptation de la situation. Ce n’est pas un monde dans lequel faire naître des enfants. Peut être ne mourrons t-il pas de faire la fête, mais de ne pas naître du tout.

Je ne sais pas pour vous, mais ce n’est pas du tout l’idée que je me fais d’une démocratie. Quand j’étais jeune le mot Liberté avait un sens, et j’ai bien peur que mes éventuels enfants (avant de mourir de ne pas pouvoir vivre) ne le connaissent pas, fichés qu’ils seront dès lors naissance, et surveillés en permanence pour être bien sûr que l’envie incongrue de vivre ou de penser ne les prenne pas…

Alors Mme la Ministre, pendant que vous êtes en position de le faire, faites une bonne action pour ces jeunes désespérés et sobres, rendez leur leurs droits. Attaquez vous à la source du réel problème, qui est pourquoi ces jeunes boivent-ils jusqu’à s’en tuer, là est l’enjeu. Prévenez, sensibilisez, attelez vous à la tâche de résoudre le malaise de ces jeunes autant que vous voulez, je ne pourrais que vous en féliciter.

Mais, de grâce, laissez leur la liberté de se murger la gueule.

Crédit photo: larsomat (Creative Commons by-nc-sa)

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